2012, année des présidentielles françaises. On fera une fois de plus semblant de donner un rôle à ceux qui iront voter, alors que souvent, les vrais actes citoyens consisteraient à se bouger le cul toute l’année (ex : faire de la prévention VIH, donner de la bouffe, aider des SDF, et puis aussi “militer” au sens classique associatif, etc etc). Mais passons, être un bon citoyen en démocratie, c’est aller voter, surtout aux présidentielles tous les cinq ans. Il y a d’ailleurs ce texte très intéressant, paru sur Minorités, où l’auteur explique pourquoi il n’ira pas voter. Lui et moi ne sommes pas d’accord sur la conclusion (ne pas voter), mais c’est peut-être parce qu’il ne s’agira pas d’un choix pour moi, n’ayant pas les bons papiers d’état civil, avec la transition (= mon changement de sexe, pour les nouveaux). Rappelons-le, en France, pour changer d’Etat civil, les trans doivent être stéréliséEs. Eh oui.
Quoiqu’il en soit, le texte cité a le mérite de faire réfléchir sur ce que je disais au début : faire croire à la centralité du vote comme acte citoyen, penser que tout peut se résoudre par la macro politique, l’appareil législatif, les institutions. J’ai lu à ce propos le commentaire pertinent d’un pote sur facebook, celui qui m’enseigna un vocabulaire d’une extrême politesse pour faire plus étroitement connaissance, et très vite, avec les allemands, lors de mes aventures berlinoises du mois de novembre. A propos du vote, il a dit quelque chose du genre j’adore les gens qui me font la leçon pour aller voter, alors que toute l’année, ils ne répondent jamais à aucune mobilisation militante, et il ajouta, 1000 commentaires plus bas, parsemés de kilomètres d’insultes – bah oui, c’est ça facebook - les lois n’ont jamais distribuer à bouffer aux gens, par contre, le militantisme local, oui !. Amen baby!
Mais, ne nous perdons pas, il ne s’agit pas d’un article sur les modes d’action politique, le vote ou pas le vote, le système démocratique, ses avantages et inconvénients. Je viens vous livrer ici une angoisse, désormais passée, que je ressentais dès que je sortais de chez moi, quand je voyais ça :
Certes, il s’agit de l’UMP, alors évidemment, il y a de quoi angoisser me disais-je. Pas besoin de se casser la tête outre mesure. Et puis, calme-toi, me disai-je encore, les affiches bien plus nombreuses de JL Méléchon et Nathalie Arnaud, tous deux gauchistes convaincus, sont là pour te rassurer. Plus sur le refus de l’UMP dans mon quartier, que sur leurs programmes eux-mêmes. Mais ça, c’est encore un autre sujet. Quoiqu’il en soit, j’ai tout de même remarquer que mes tentatives d’auto-rassuration/rassurage/rassurement (moi j’ai une préférence pour rassurage, et toi?) n’ont pas mis fin à l’angoisse que procurait l’affiche.
Hier soir, je suis donc parti à la poursuite d’un kébab de la vérité, et me suis arrêté devant ces affiches, pour les observer, placardées non loin de mes épicier et coiffeur préférés . Vous comprenez donc l’angoisse maintenant ? Mais, nous y voilà, après avoir fini de bouffer des heures de cogitations cérébrales de la plus haute importance : je compris enfin !
En fait, ce n’était ni la pub de l’UMP qui m’angoissait (j’ai plus d’espoir t’façon, la France est perdue), ni même le fait de lire ce mensonge éhonté nous disant que “la République [nous] protège”. Le truc qui coinçait c’était ça :
- Oui à la solidarité
- Non aux fraudeurs
Quoi ? Comment ça vous savez lire ? Mais je sais ! Laissez-moi vous expliquer, chuuuut !
Regardez bien : oui, à la solidarité, non aux fraudeurs. CherEs loulous, “solidarité” c’est quoi ? Pas la signification, mais le mot. C’est un concept en gros, n’est-ce pas ? Et “fraudeurs” ? Ce n’est pas un concept, ce sont des gens. Alors, voilà, ce qui coinçait dans ma tête. On aurait pu s’attendre à :
- Oui aux nécessiteux
- Non aux fraudeurs
Ou encore, plus logiquement :
- Oui à la solidarité
- Non à la fraude
Nan, nan. Nico et ses copains, ils défendent la solidarité, comme un concept, et pas les gens qui méritent cette solidarité. Par contre, ils attaquent les gens, lorsqu’ils profitent du système, parce qu’avec eux, la fraude est déjà personnifiée, et pas besoin de se casser la tête pour savoir quelle type de personnes sont visées par cette cochonnerie politique.
Ces messieurs, et quelques dames, n’en n’ont rien à battre des gens pour qu’il faut être solidaire. C’est du cinéma tout ça. Nous le savions déjà. La “solidarité” c’est vite dit, et ça ne veut rien dire. Personnifier les personnes qui devraient en bénéficier serait leur défigurer la gueule. Vous imaginez ? Il aurait fallu dire, entre autres, travailleurs, étudiants, immmigrés, que de gros mots dégueux-beurk, ciblant des gens qui ne sont au fond que des assistés, comme on nous le martèle à tout bout de champ. Alors, rabattons-nous sur un concept, une coquille vide. “Solidarité”. Oui, solidarité à toi nous disons oui, car tu n’es rien. Tu n’engages à rien, tu n’as jamais faim, tu n’es jamais à la rue, et tu peux te déployer dans n’importe quel sens. Et puis, après tout, c’est un peu comme dans l’amour vache, personne n’a jamais dit de croire que le mot solidarité voulait dire ceci cela. T’avais qu’à pas te projeter sur le fait que la solidarité soit pour les prolos, c’était p’tète juste pour mes copains banquiers. Bah oui, baby, assume, j’tai rien promis.
Les salauds!
Par contre, la fraude, nan, c’est nul comme concept. Bah ouais quoi, c’est trop vague, t’imagine ! Sinon, ça voudrait dire que les affaires Bettencourt, et tout ça, ça pourrait être de la fraude. Meuh non, ta gueule gauchiste. Le problème, c’est les fraudeurs. Quand on dit ce mot, on n’imagine pas un seul instant qu’il vise un connard en costard cravate. Nous savons bien que les mots s’accompagnent de représentations dans nos caboches. En parlant de fraudeurs, on imagine, un jeune, style urbain et pas style j’étudie à Sciences-Po. Le fraudeur, c’est aussi un gros lard ivrogne prolo. La fraudeuse, quant à elle, c’est souvent une négresse mère de 10 enfants, de 12 pères différents, qui pourtant, steu plè, trouve le moyen d’être bien sappée ! Ah bah oui, si t’es pas riche, sois laide connasse. Tu vas te faire des tresses, tu mets de hauts talons tout brillant (achetés sur le marché de St Denis mais passons), et après tu veux faire croire que t’as pas de thunes ? Bref, tous ces énergumènes là, c’est eux les fraudeurs, ceux qui bouffent nos allocs et appauvrissent la France, merdeeeeuh !
………
Bref, les potes, voilà pourquoi l’affiche me perturbait. Je sentais que je n’avais pas encore capté le p’tit truc à capter.
L’UMP veut que la solidarité soit un truc flou dans nos têtes, alors qu’elle veut personnifier la fraude en fabriquant des images de fraudeurs. Fraudeurs qu’on devra apprendre à détester, afin qu’ils nous servent de boucs émissaires, et de cache-merde que ces connards UMPistes créent. Je sais qu’on le sait, nous. Mais c’est toujours un plaisir, semblable à une bonne gastro, de s’en rendre compte, encore et encore. Et encore.
Bonsoir chez vous !
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Tags:instrumentalisation, lutte des classes, présidentielles, racisme



















